Un peu d'histoire
L'histoire du Chemin de la Régordane est une épopée gravée dans la pierre, s'étalant sur plus de deux millénaires. Bien avant d’être un sentier de grande randonnée, cette voie était une nécessité géographique : elle suit la faille géologique de la Régordane, une dépression naturelle qui permet de franchir les Cévennes sans affronter les sommets abrupts, reliant ainsi le bassin du Puy-en-Velay au littoral méditerranéen. Dès l'Antiquité, les Gaulois et les Romains l'utilisent comme axe de communication stratégique. Cependant, c’est au Moyen Âge que la Régordane connaît son âge d'or.
Entre le XIe et le XIVe siècle, elle devient l'une des routes les plus fréquentées de France. C’est la voie du commerce par excellence : le sel de Camargue remonte vers le nord, tandis que les vins, les céréales et les laines du Massif central descendent vers les ports du Midi. Les marchands s’y croisent dans un fracas de sabots et de roues de chars, dont on peut encore voir les ornières profondes taillées dans le grès à la Garde-Guérin. Parallèlement au commerce, la Régordane est une terre de pèlerinage. Elle mène les fidèles vers le tombeau de Saint Gilles, l'un des lieux les plus saints de la chrétienté médiévale, et sert de voie de raccordement pour ceux qui rejoignent Rome ou Saint-Jacques-de-Compostelle.
Le long du chemin, des abbayes puissantes et des villages fortifiés sortent de terre pour protéger et taxer les voyageurs. Le Château de Portes, avec sa proue spectaculaire, surveille ce flux incessant de richesses. Au fil des siècles, la route connaît des périodes plus sombres. Durant les Guerres de Religion, les Cévennes deviennent un bastion protestant et le chemin est le théâtre d'affrontements sanglants.
Plus tard, avec la création de la "Route Royale" (l'actuelle RN106) au XVIIIe siècle, puis l'arrivée du chemin de fer au XIXe, la Régordane perd son utilité économique et tombe peu à peu dans l'oubli. Elle est alors sauvée par les bergers et leurs troupeaux qui continuent de l'emprunter pour la transhumance.
Aujourd'hui, le GR®700 a redonné vie à ce tracé millénaire. Ce ne sont plus les marchands de sel ou les chevaliers en armure qui arpentent ces dalles usées, mais des randonneurs en quête d'histoire et de paysages préservés. En marchant sur la Régordane, on ne traverse pas seulement des paysages volcaniques et méditerranéens, on remonte le temps, foulant le sol de ceux qui, pendant deux mille ans, ont fait battre le cœur économique et spirituel de la France méridionale.
"C'est le chemin des marchands, des chevaliers et des saints."
Patrimoine Remarquable
Le long du GR®700, le patrimoine se traverse. Véritable colonne vertébrale historique, le chemin est jalonné de vestiges. Au Puy-en-Velay, le départ offre un ensemble monumental unique avec sa cathédrale. En descendant vers la Lozère, le patrimoine se fait plus rustique mais puissant, avec l'Abbaye de Notre-Dame-des-Neiges.
Le point d'orgue se situe sans doute à La Garde-Guérin. Ce village fortifié, perché au-dessus des gorges du Chassezac, conserve sa tour médiévale. Plus au sud, surgit le spectaculaire Château de Portes, surnommé le "vaisseau des Cévennes".
Dans la plaine gardoise, l'histoire romaine prend le relais à Nîmes avec les Arènes et la Maison Carrée. L'itinéraire s'achève en apothéose à l'Abbatiale de Saint-Gilles, chef-d'œuvre de l'art roman. Chaque village traversé raconte une page de l'histoire de France.